GRANDS ENJEUX DU XXIe SIÈCLE 

LES OBJECTIFS DE DÉVELOPPEMENT DURABLE

 

Historique

Les Objectifs de développement durable (ODD) ont vu le jour lors de la Conférence de Rio sur le développement durable, en 2012. Cet ensemble d’objectifs universels a été élaboré en vue de relever les défis urgents auxquels notre monde est confronté sur le plan écologique, politique et économique.

Les ODD remplacent les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), avec lesquels ont été entamés en 2010 les efforts mondiaux destinés à combattre l’indignité de la pauvreté. Les OMD ont fixé des objectifs mesurables, faisant l’objet d’un consensus universel, pour éradiquer l’extrême pauvreté et la faim, empêcher les maladies mortelles et étendre la scolarisation à tous les enfants en âge de fréquenter l’école primaire, entre autres priorités de développement.

En l’espace de 15 années, les OMD ont réalisé des avancées dans plusieurs domaines importants : la réduction de la pauvreté, l‘accès à l’eau et à l’assainissement, le recul de la mortalité infantile et une très nette amélioration de la santé maternelle. Ils ont aussi enclenché un mouvement mondial en faveur d’une éducation primaire gratuite, en incitant les pays à investir dans leurs générations futures. Et surtout, les OMD ont permis des avancées remarquables dans la lutte contre le VIH/SIDA et d’autres maladies curables telles que le paludisme et la tuberculose.

L’expérience et les réussites des OMD nous livrent de précieux enseignements à l’heure d’entreprendre de réaliser les nouveaux objectifs. Car la tâche n’est pas achevée. Il nous reste encore à parcourir la dernière ligne droite consistant à éradiquer la faim, à parvenir à l’égalité des sexes, à améliorer les services de santé et à scolariser chaque enfant au-delà du primaire. Les ODD constituent également un appel urgent à mettre le monde sur la voie d’un développement plus durable.

Chacun des 17 Objectifs est interdépendant des autres, la réussite de l’un concourant à celle des autres. Lutter contre la menace du changement climatique influence notre façon de gérer nos ressources naturelles, parvenir à l’égalité des sexes ou à une meilleure santé contribue à éradiquer la pauvreté, et consolider la paix réduira les inégalités et contribuera à des économies florissantes. En bref, les ODD sont l’occasion ou jamais de rendre le monde meilleur pour les générations futures.

Les ODD ont coïncidé avec un autre accord historique, conclu en 2015 lors de la Conférence de Paris sur les changements climatiques (COP21). Avec le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, ratifié au Japon en mars 2015, ces accords définissent un ensemble de normes communes et de cibles atteignables pour réduire les émissions de carbone, gérer les risques liés aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles, et renforcer les capacités de relèvement post-crise.

Les ODD sont uniques dans la mesure où ils couvrent des problématiques qui nous concernent tous. Ils réaffirment notre engagement international de mettre un terme à la pauvreté, de façon permanente, partout. Ils font preuve d’ambition en cherchant à ne laisser personne de côté. Et surtout, ils comptent sur nous tous afin de bâtir un monde plus durable, sûr et prospère, pour l’humanité toute entière.

17 OBJECTIFS POUR SAUVER LE MONDE

Les objectifs de développement durable nous donnent la marche à suivre pour parvenir à un avenir meilleur et plus durable pour tous. Ils répondent aux défis mondiaux auxquels nous sommes confrontés, notamment ceux liés à la pauvreté, aux inégalités, au climat, à la dégradation de l’environnement, à la prospérité, à la paix et à la justice. Les objectifs sont interconnectés et, pour ne laisser personne de côté, il est important d’atteindre chacun d’entre eux, et chacune de leurs cibles, d’ici à 2030.

Source : Programme Nation Unies pour le Développement. (PNUD)

OBJECTIF 1 : PAS DE PAUVRETÉ

  Éradiquer la pauvreté sous toutes ses formes reste un des plus grands défis auquel l’humanité doive faire face. Alors que le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a diminué de plus de moitié – passant de 1,9 milliard en 1990, à 836 millions en 2015 – encore trop de personnes luttent toujours pour répondre aux besoins humains les plus élémentaires.

À l’échelle de la planète, plus de 800 millions de personnes vivent encore avec moins de 1,25 dollar par jour ; nombreux sont ceux qui n’ont pas accès à une alimentation convenable, à l’eau potable ou à l’assainissement. La croissance économique rapide dans des pays tels que la Chine et l’Inde a sorti des millions de personnes de la pauvreté, mais ce progrès est aussi réparti de façon inégale. Les femmes sont proportionnellement davantage exposées à la pauvreté que les hommes en ayant moins accès qu’eux au travail rémunéré, à l’éducation et à la propriété.

De même, les progrès ont été plus restreints dans d’autres régions telles que l’Asie du Sud et l’Afrique sub-saharienne, qui regroupent 80 % de la population mondiale vivant dans l’extrême pauvreté. Or ce taux devrait encore augmenter du fait des nouvelles menaces liées au changement climatique, aux conflits et à l’insécurité alimentaire.

Les ODD sont un engagement ambitieux pour achever ce que nous avons commencé, et ainsi enrayer la pauvreté sous toutes ses formes d’ici 2030. Cela implique de cibler ceux qui vivent dans des situations de vulnérabilité, d’augmenter l’accès aux services et aux ressources de base, ainsi que de porter soutien aux communautés frappées par les conflits et les catastrophes climatiques.

OBJECTIF 2 : FAIM "ZÉRO"

Ces vingt dernières années, la croissance économique rapide et une meilleure productivité agricole ont permis de diviser par près de deux le nombre de personnes sous-alimentées. De nombreux pays en développement sont maintenant à même de répondre aux besoins alimentaires des plus vulnérables. L’Asie centrale, l’Amérique latine et les Caraïbes ont accompli des progrès considérables en vue d’éradiquer la faim extrême. 

Ces progrès constituent une réussite notable en vue d’atteindre les cibles fixées par les premiers Objectifs du millénaire pour le développement. Malheureusement, la faim continue de freiner le développement de multiples pays. On estimait à 795 millions le nombre de personnes chroniquement sous-alimentées en 2014, à plus de 90 millions le nombre d’enfants de moins de 5 ans souffrant d’une insuffisance pondérale grave. Et une personne sur quatre souffre encore de la faim en Afrique.

Les Objectifs de développement durable visent à mettre un terme à la faim et à la malnutrition sous toutes leurs formes d’ici 2030, en faisant en sorte que toutes les personnes – notamment les enfants et les plus vulnérables – aient accès à une alimentation suffisante en quantité et en qualité, tout au long de l’année. Cela implique d’encourager des pratiques agricoles durables, d'améliorer les moyens d’existence et les capacités des petits paysans, de permettre une égalité d’accès à la terre, aux technologies et aux marchés. Cela implique aussi une coopération internationale pour assurer les investissements dans les infrastructures et technologies qui améliorent la productivité agricole.

OBJECTIF 3 : BIEN - ÊTRE ET SANTÉ

Depuis la création des Objectifs du millénaire pour le développement, des avancées historiques ont été réalisées en termes de réduction de la mortalité infantile, d’amélioration de la santé maternelle et de lutte contre le VIH/sida, le paludisme et d’autres maladies. Depuis 1990, les décès infantiles évitables ont chuté de plus de 50 % à l’échelon mondial. La mortalité maternelle a également chuté de 45 %. Les nouvelles infections au VIH/sida ont diminué de 30 %, et plus de 6,2 millions de vies ont été sauvées grâce à la lutte contre le paludisme.

En dépit de ces incroyables progrès, plus de 6 millions d’enfants décèdent encore avant leur 5e anniversaire chaque année. Chaque jour, des centaines de femmes meurent pendant leur grossesse ou lors de complications liées à l’accouchement et, dans les régions en voie de développement, seuls 56 % des accouchements en zone rurale sont assistés par un professionnel compétent. Le sida est désormais la principale cause de décès chez les adolescents en Afrique sub-saharienne, une région encore gravement frappée par l’épidémie du VIH.

Ces morts peuvent être évitées grâce à la prévention et au traitement, à l’éducation, aux campagnes d’immunisation et aux soins médicaux en matière de sexualité et de procréation. Les Objectifs de développement durable s’engagent audacieusement à enrayer l’épidémie de sida, la tuberculose, le paludisme et d’autres maladies transmissibles d’ici 2030. Le but visé est que chacun dispose d’une couverture maladie universelle et ait accès à des vaccins et médicaments sûrs et efficaces. À ce titre, le soutien à la recherche et au développement dans le domaine des vaccins est essentiel, de même que l’accès aux médicaments à un coût abordable.

OBJECTIF 4 : ÉDUCATION DE QUALITÉ

Depuis 2000, des progrès considérables ont été accomplis en vue d’atteindre la cible d’éducation primaire universelle. Le taux de scolarisation global dans les régions en développement a atteint 91 % en 2015, et le nombre d’enfants non scolarisés au niveau mondial a chuté de presque moitié. On constate également une augmentation spectaculaire du taux d’alphabétisation, et le taux de scolarisation des filles n’a jamais été aussi élevé.

Mais ces succès se heurtent à de grands défis dans des régions en développement, en raison du niveau élevé de pauvreté, des conflits armés et d’autres urgences. Alors que l’Afrique sub-saharienne a réalisé les progrès les plus importants parmi toutes les régions en développement sur le plan du taux de scolarisation dans l’enseignement primaire – passé de 52 % en 1990 à 78 % en 2012 – de grandes disparités subsistent. Les enfants des foyers les plus défavorisés sont quatre fois moins scolarisés que ceux des foyers les plus riches. De même, les disparités entre les zones rurales et urbaines demeurent.

Une éducation de qualité pour tous est l’un des piliers les plus solides et éprouvés du développement durable. Cet objectif fait en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit d’ici 2030. Il vise également à donner accès, dans des conditions d’égalité, à un enseignement professionnel, ainsi qu’à éliminer les inégalités entre les sexes et les revenus, dans le but de permettre à tous d’accéder à des études supérieures.

OBJECTIF 5 : ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES

Autonomiser les femmes et promouvoir l’égalité entre les sexes est déterminant pour accélérer le développement durable. Mettre fin à toutes les formes de discrimination envers les femmes et les filles constitue un droit humain fondamental, qui se répercute positivement sur tous les autres domaines de développement.

Depuis 2000, le PNUD a fait de l’égalité des sexes une de ses priorités et des progrès remarquables ont été accomplis. En 15 ans, la scolarisation des filles a progressé et la plupart des régions sont parvenues à une parité filles-garçons dans l’enseignement primaire. Les femmes représentent désormais 41 % des travailleurs rémunérés hors agriculture, contre 35 % en 1990.

Les Objectifs de développement durable s’appuient sur ces succès pour faire en sorte d’abolir la discrimination à l’égard des femmes et des filles dans le monde entier. Des inégalités criantes perdurent en matière d’accès à l’emploi rémunéré dans certaines régions, de même qu’un profond fossé entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. L’exploitation et la violence sexuelles, la répartition inégale du travail domestique et des tâches non rémunérées, ainsi que la discrimination dans la prise de décisions publiques, constituent encore des obstacles de taille.

Rendre accessibles à tous les soins de santé en matière de sexualité et de procréation, ainsi que donner aux femmes le droit aux mêmes ressources économiques telles que les terres et la propriété, sont des cibles primordiales pour réaliser cet objectif. Les femmes sont désormais plus nombreuses que jamais dans la fonction publique, mais encourager l’occupation des postes de direction par des femmes dans toutes les régions contribuera à renforcer les politiques et les lois en faveur d’une plus grande égalité hommes-femmes.

OBJECTIF 6 : EAU PROPRE ET ASSAINISSEMENT

La raréfaction de l’eau affecte plus de 40 % de la population mondiale, une proportion inquiétante qui risque de s’aggraver en raison de la hausse des températures mondiales due au changement climatique. Depuis 1990, 2,1 milliards de personnes supplémentaires bénéficient désormais d’un meilleur accès à l'eau et à l'assainissement. Cependant, l’épuisement des ressources en eau potable reste un problème majeur touchant tous les continents.

Faire en sorte d’assurer d’ici à 2030 un accès universel et équitable à l’eau potable, à un coût abordable, implique d’investir dans des infrastructures adéquates, de fournir des installations d’assainissement et de promouvoir l’hygiène à tous les niveaux. Protéger et restaurer les écosystèmes liés à l’eau, notamment les forêts, les montagnes, les zones humides et les rivières, est essentiel si nous voulons limiter la raréfaction de l’eau. Renforcer la coopération internationale est également nécessaire pour encourager une utilisation rationnelle de l’eau et soutenir les technologies de traitement des eaux dans les pays en développement.

OBJECTIF 7 : ÉNERGIE PROPRE ET D' UN COÛT ABORDABLE

Entre 1990 et 2010, le nombre de personnes disposant de l’électricité a augmenté d'1,7 milliard. Cependant, une personne sur cinq est toujours privée d’électricité et comme la demande ne cesse d’augmenter, il convient d’accroître nettement la production d’énergie renouvelable dans le monde.

On constate une volonté nouvelle d’encourager les énergies alternatives, et en 2011 celles-ci représentaient plus de 20 % de la consommation mondiale. Desservir chaque foyer en électricité à un coût abordable d’ici 2030 implique d’investir dans des sources d’énergie propre telle que l’énergie photovoltaïque, éolienne et géothermique. L’adoption de normes rentables concernant un large éventail de technologies pourrait aussi réduire la consommation électrique mondiale des bâtiments et de l’industrie de 14 %. Cela équivaut à la fermeture de quelque 1300 centrales électriques de taille moyenne. Développer l’infrastructure et perfectionner les technologies afin d’approvisionner en énergie propre tous les pays en développement est un objectif capital, permettant de soutenir la croissance tout en agissant positivement sur l’environnement.

OBJECTIF 8 : TRAVAIL DÉCENT ET CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Ces 25 dernières années, le nombre de travailleurs vivant dans l’extrême pauvreté a connu un déclin spectaculaire. Dans les pays en développement, la classe moyenne représente désormais plus de 34 % du total des personnes employées – une proportion qui a presque triplé entre 1991 et 2015.

Pourtant, alors que la reprise économique mondiale se poursuit, nous constatons un ralentissement de la croissance, un creusement des inégalités une augmentation de la population active plus rapide que celle des offres sur le marché de l’emploi. Selon l’Organisation internationale du Travail, on recense plus de 204 millions de chômeurs en 2015.

Les Objectifs de développement durable visent à encourager une croissance économie soutenue en tirant la productivité vers le haut et en innovant sur le plan technologique. À ce titre, il est déterminant de promouvoir des politiques qui favorisent l’entreprenariat et la création d’emplois, de même que des mesures efficaces pour abolir le travail forcé, l’esclavage et la traite des humains. Pour ce qui est de ces cibles, l’objectif consiste à parvenir au plein emploi productif et au travail décent, pour tous les hommes et les femmes, d’ici 2030.

OBJECTIF 9 : INDUSTRIE, INNOVATION ET INFRASTRUCTURES

Investir durablement dans les infrastructures et l’innovation est un vecteur clé de croissance économique et de développement. Avec plus de la moitié de la population mondiale qui vit désormais dans les villes, les transports publics et les énergies renouvelables deviennent de plus en plus importants, de même que la croissance des nouvelles industries et des technologies de l’information et de la communication.

Les progrès technologiques permettent en outre de mettre au point des solutions durables aux défis, tant économiques qu’écologiques, tels que la création d’emplois et la promotion de l’efficacité énergétique. Favoriser une industrie durable, ainsi qu’investir dans la recherche et l’innovation scientifiques, constituent deux moyens importants pour faciliter le développement durable.

Plus de 4 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à Internet et parmi elles, 90 % appartiennent aux pays en développement. Combler ce fossé numérique est crucial si l’on veut donner accès, dans des conditions d’égalité, à l’information et au savoir, et par là même encourager l’innovation et l’entreprenariat.

OBJECTIF 10 : INÉGALITÉS RÉDUITES

Il est bien établi que les inégalités de revenus se creusent : 10 % des personnes les plus riches perçoivent près de 40 % du total des revenus mondiaux, tandis que les 10 % plus pauvres ne gagnent qu’entre 2 à 7 % du total des revenus mondiaux. Dans les pays en développement, les inégalités se sont creusées de 11 % en tenant compte de la croissance de la population.

Ces disparités grandissantes sont des appels à l’action, impliquant d’adopter des mesures saines afin d’autonomiser la tranche inférieure de la population touchant un revenu et de favoriser l’intégration économique de tous, indépendamment de leur sexe, de leur race ou de leur appartenance ethnique.

Les inégalités de revenu sont un problème global qui appelle des solutions mondiales. Cela suppose d’améliorer la régulation et la surveillance des institutions et marchés financiers, d’encourager l’aide au développement et les investissements directs au profit des régions où les besoins sont les plus grands. Faciliter une migration et une mobilité sans danger est déterminant pour réduire cette fracture grandissante.

OBJECTIF 11 : VILLES ET COMMUNAUTÉS DURABLES

Plus de la moitié de la population mondiale vit à présent dans les zones urbaines. D’ici 2050, cette proportion passera à 6,5 milliards de personnes – les deux tiers de l’humanité. Le développement durable ne peut se faire sans transformer radicalement la façon dont nous construisons et gérons nos espaces urbains.

La croissance rapide des villes dans les pays en développement, conjuguée à la hausse de l’exode rural, a produit un boum dans les mégalopoles. En 1990, on comptait 10 mégalopoles d’au moins 10 millions d’habitants. En 2014, leur nombre est passé à 28, pour un total de 453 millions de personnes.

L’extrême pauvreté se concentre souvent dans les espaces urbains, et les dirigeants des pays et des villes peinent à absorber la croissance démographique galopante dans ces zones. Rendre les villes sûres et durables implique de donner accès à des logements sûrs et abordables, et de réhabiliter les quartiers de taudis. Cela doit également se traduire par des investissements dans les transports publics, par la création d’espaces verts publics, ainsi que par une gestion et une planification de la ville améliorées, qui soient à la fois participatives et inclusives.

OBJECTIF 12 : CONSOMMATION ET PRODUCTION DURABLES

Parvenir à une croissance économique et à un développement durable exige que nous réduisions d’urgence notre empreinte écologique en changeant nos modes de production et de consommation des marchandises et des ressources. L’agriculture est le plus grand consommateur d’eau du monde et l’irrigation engloutit désormais près de 70 % de toute l’eau douce propre à la consommation humaine.

La gestion efficace de nos ressources naturelles partagées, ainsi que la façon dont nous éliminons les déchets toxiques et les polluants, sont des cibles importantes pour cet objectif. Encourager les industries, entreprises et consommateurs à recycler leurs déchets et à en réduire le volume est également important, de même que soutenir les pays en développement afin qu’ils s’orientent vers des modes de consommation plus durables d’ici 2030.

Une part considérable de la population mondiale consomme toujours trop peu pour répondre ne serait-ce qu’à ses besoins élémentaires. Réduire de moitié le volume de déchets alimentaires par habitant au niveau des distributeurs et des consommateurs est également primordial pour créer des chaînes de production et d’approvisionnement plus efficaces. Cela peut contribuer à la sécurité alimentaire et nous diriger vers une économie reposant sur une utilisation plus rationnelle des ressources.

OBJECTIF 13 : LUTTE CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Tous les pays du monde sont témoins des graves répercussions du changement climatique. Les émissions de gaz à effet de serre continuent à augmenter et ont plus que doublé depuis 1990. Qui plus est, le réchauffement mondial provoque des modifications durables de notre système climatique, qui font peser une menace aux conséquences irréversibles si nous n’agissons pas tout de suite.

Les dommages annuels moyens causés par les séismes, tsunamis, tempêtes tropicales et inondations se chiffrent en centaines de milliards de dollars, avec une dépense annuelle de 6 milliards de dollars par an affectés à la seule gestion des risques liés aux catastrophes. L’objectif vise à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour répondre aux besoins des pays en développement et contribuer à atténuer les catastrophes naturelles liées au changement climatique.

Renforcer la capacité de résistance et d’adaptation des régions les plus vulnérables, telles que les pays sans littoral et les États insulaires, doit aller de pair avec des efforts pour sensibiliser et incorporer des mesures dans les politiques et stratégies nationales. Il est encore possible, avec la volonté politique et un large éventail de mesures technologiques, de limiter la hausse de la température mondiale moyenne à deux degrés Celsius au-dessus du niveau préindustriel. Cela implique une action collective urgente.

OBJECTIF 14 : VIE AQUATIQUE

L'humanité dépend des océans de la Planète – de leur température, leur chimie, leurs courants et leur faune. La manière dont nous gérons cette ressource vitale est essentielle aussi pour compenser les effets du changement climatique.

Plus de trois milliards de personnes doivent leur moyen d’existence à la biodiversité marine et côtière. Cependant, on constate aujourd’hui que 30 % des stocks mondiaux de poisson sont surexploités, bien en-dessus des niveaux permettant d’obtenir un rendement constant.

Les océans absorbent également environ 30% du dioxyde de carbone émis par les humains, et on assiste à une hausse de 26 % de l’acidification des océans depuis le début de la révolution industrielle. La pollution marine, résultant essentiellement de sources terrestres, atteint des niveaux alarmants, avec une moyenne de 13 000 morceaux de déchets plastiques présents sous chaque kilomètre carré d’océan.

Les Objectifs de développement durable offrent un cadre pour gérer durablement les écosystèmes marins et côtiers et les protéger de la pollution résultant des activités terrestres. Ce cadre prévoit aussi de pallier les effets de l’acidification des océans. Renforcer la préservation et l’utilisation durable des ressources de l’océan au moyen de lois internationales contribuera également à atténuer une partie des défis auxquels sont confrontés nos océans.

OBJECTIF 15 : VIE TERRESTRE

La vie humaine dépend autant de la Terre que des océans pour assurer notre existence et notre subsistance. Les végétaux fournissent 80 % de notre alimentation, et nous dépendons de l’agriculture en tant que ressource économique et moyen de développement. La forêt, qui couvre 30 % de la surface de la Terre, fournit un habitat vital pour des millions d’espèces, une source saine et importante d’air et d’eau, et elle est également cruciale dans la lutte contre le changement climatique.

Nous assistons aujourd’hui à une dégradation des terres sans précédent, et le taux de disparition des terres arables est 30 à 35 fois supérieur que par le passé. La sécheresse et la désertification gagnent du terrain chaque année, contribuant à la disparition de 12 millions d’hectares et affectant les communautés pauvres aux quatre coins de la Planète. Sur 8 300 espèces d’animaux d’élevage connues, 8 % sont disparues et 22 % sont en voie d’extinction.

Les Objectifs de développement durable visent à protéger et à restaurer l’usage des écosystèmes terrestres tels que les forêts, les zones humides, les milieux arides et les montagnes d’ici 2020. Il est aussi vital de promouvoir la gestion durable des forêts et de mettre un terme aux déforestations afin d’atténuer l’impact du changement climatique. Une action urgente doit être menée afin de réduire le déclin des habitats naturels et de la diversité qui font partie de notre héritage commun.

OBJECTIF 16 :  PAIX, JUSTICE ET INSTITUTIONS EFFICACES

La paix, la stabilité, les droits humains et une gouvernance efficace fondée sur l’état de droit sont des vecteurs importants pour le développement durable. Nous vivons dans un monde de plus en plus divisé. Certaines régions profitent durablement de la paix, de la sécurité et de la prospérité, alors que d’autres sont entraînées dans un cycle de conflits et de violence qui semble sans fin. Ceci n’est en aucun cas inévitable.

Des niveaux élevés de violence armée et d’insécurité ont un effet destructeur sur le développement d’un pays, en entravant la croissance économique et en engendrant souvent des souffrances durables au sein de la population, qui peuvent persister pendant des générations. Les violences sexuelles, la criminalité, l’exploitation et la torture sont également omniprésents sur les lieux de conflits ou sans état de droit. Les nations doivent prendre des mesures pour protéger ceux qui sont le plus à risque.

Les Objectifs de développement durable visent à réduire largement toutes les formes de violence, et à œuvrer aux côtés des gouvernements et des communautés afin de trouver des solutions durables aux conflits et à l’insécurité. Le renforcement de l’état de droit et la promotion des droits humains sont au cœur de ce processus, tout comme la réduction du trafic illégal d’armes et le renforcement de la participation des pays en développement aux institutions de gouvernance mondiale.

OBJECTIF 17 : PARTENARIAT POUR LA RÉALISATION DES OBJECTIFS

Seul un engagement fort, lié à des partenariats et une coopération au niveau mondial, peut permettre de réaliser les Objectifs de développement durable. Alors que l’aide publique au développement de la part des pays développés a augmenté de 66 % entre 2000 et 2014, les crises humanitaires causées par les conflits ou les catastrophes naturelles continuent à requérir des ressources financières et de l’aide humanitaire. De nombreux pays ont également besoin de l’aide publique au développement pour soutenir leur croissance et leur commerce.

Le monde actuel est plus interconnecté que jamais auparavant. L’amélioration de l’accès aux technologies et à la connaissance favorise nettement le partage des idées et l’innovation. La coordination des politiques d’aide à la gestion des dettes des pays en développement, ainsi que la promotion des investissements dans les pays les moins développés, sont essentielles afin de parvenir à une croissance et à un développement durables.

Les objectifs visent à améliorer les coopérations Nord-Sud et Sud-Sud, par l’appui aux plans nationaux destinés à atteindre toutes les cibles. Promouvoir le commerce international et aider les pays en développement à accroître leurs exportations, font partie intégrante de la réalisation d’un système de commerce universel, basé sur des règles, équitable, qui soit juste et ouvert, et qui bénéficie à tous.

UN DES GRANDS ENJEUX DU XXIe SIÈCLE: SANTÉ ENVIRONNEMENT

La qualité de notre environnement est un des principaux déterminants de l'état de santé des populations.

La santé environnementale, notion proposée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), porte sur tous les aspects de la santé et la qualité de vie des populations qui résultent de l'action sur l'homme des facteurs biologiques, chimiques et physiques de l'environnement, qu'ils soient d'origine naturelle ou anthropique.

Parmi les huit grands objectifs de développement de l'Organisation des Nations Unies (ONU) adoptés en 2000, sept relèvent directement de considérations environnementales et sanitaires...

 

Changements environnementaux au niveau mondial

Les changements climatiques, l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique, la perte de biodiversité, les modifications des systèmes hydrologiques et de l’approvisionnement en eau douce, la dégradation des sols et les pressions exercées sur les systèmes de production vivrière constituent des risques environnementaux de grande ampleur pour la santé humaine à l’échelle planétaire.

L’appréciation de l’ampleur et de la nature des effets exercés sur la santé humaine nécessitait d’adopter une nouvelle perspective axée sur les écosystèmes et sur la reconnaissance du fait qu’à long terme, la bonne santé des populations repose en grande partie sur le maintien de la stabilité et du fonctionnement des systèmes de la biosphère qui sont indispensables à la vie. Cette perspective permet aussi d’apprécier la complexité des systèmes dont nous dépendons.

La protection de la santé face aux modifications de l’environnement dans le monde exige une gestion à de nombreux niveaux, des déterminants sociaux et économiques de ces modifications jusqu’aux dangers qui en découlent et auxquels sont exposées les populations. L’OMS soutient ce lien entre l’action environnementale et l’action sanitaire.

Elle a par exemple apporté ses compétences lors de l’élaboration de la Convention - cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, de la Convention sur la diversité biologique et de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Elle a également conseillé le secteur de la santé sur les mesures à prendre pour faire face aux risques sanitaires que posent des modifications de l’environnement à grande échelle.

Source : Programmes et projets. Organisation Mondiale de la Santé (OMS)

Dans quelle mesure l'environnement influe-t-il sur la santé ? La pollution de l'air et de l'eau va-t-elle restreindre notre espérance de vie et celle de nos enfants ? Telles sont les questions qui polarisent de plus en plus l'attention ces dernières années, en particulier depuis l'adoption du programme Action 21 lors de la Conférence des Nations - Unies sur l'environnement et le développement, qui a fait prendre conscience aux décideurs publics des liens existant entre la santé et l'environnement.

Dans les pays de l'OCDE, la pollution atmosphérique constitue à l'évidence une menace pour la santé, puisqu'elle joue un rôle dans nombre d'affections, telles que l'asthme, et qu'elle peut dans certains cas entraîner une mort prématurée. Ce type de pollution est d'autant plus préoccupant que les enfants y sont plus sensibles que les adultes et que, dans des régions particulièrement polluées, le taux de mortalité infantile est en hausse... En savoir +

Source : Santé et environnement. Synthèses. Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L'énergie au XXIe siècle : Enjeux, défis et perspectives

L’énergie a toujours été une des clés de la vie humaine sur la Terre. Jusqu’ici, les réserves semblaient infinies. Ce n’est plus le cas : dans moins d’un siècle, les énergies fossiles s’épuiseront. Plus que jamais, leur contrôle joue donc un rôle majeur dans la géopolitique contemporaine. Sans oublier qu’elles contribuent,dès maintenant ,à un réchauffement climatique dont nul, ou presque, ne nie plus les conséquences catastrophiques.

Substituer  rapidement des énergies nouvelles, renouvelables, aux énergies traditionnelles, dans le cadre d’un effort d’économie tous azimuts, constitue donc une priorité absolue. C’est tout le sens de ce dossier, où des experts, avec l’aide de cartographes, proposent des analyses, mais aussi des solutions, pour certaines déjà expérimentées.

Au Moyen-âge, l’énergie se résumait à un unique combustible, le bois. D’ailleurs, il servait à tout faire : les outils, les navires, les charrettes, les tonneaux pour le vin, les presses à raisin, se chauffer, répondre aux besoins de l’artisanat… La suprématie du bois a duré longtemps. Même si le charbon était connu de longue date, son développement est récent. Bien sûr, au Moyen-âge, déjà, certains en connaissaient l’usage. Au 13ème siècle, à Londres, à cause d’une forte tension sur le bois de chauffage, les classes les plus pauvres se chauffaient déjà avec un mauvais charbon. Mais dès le 17ème siècle, avec de multiples progrès dans le domaine de son extraction, le charbon surpasse le bois.

À la fin du 19ème siècle, une nouvelle source d’énergie apparaît, le pétrole. On en connaissait l’emploi qui remonte avant l’ère chrétienne, mais c’était anecdotique. C’est en 1859 que la carrière du pétrole commence vraiment, lorsque le « colonel » Edwin Drake effectue en Pennsylvanie le premier forage commercial. Très vite deux noms de famille deviennent associés à l’histoire du pétrole. La famille Rockefeller qui rachète des puits et raffine le brut pour le compte de la Standard Oil et la branche française de la famille Rothschild liée au milieu bancaire. Il ne s’agit pas ici de conter l’histoire de ces familles, mais de faire remarquer que ces noms nous sont encore familiers et de mentionner que l’histoire du pétrole s’est jouée entre les mains de quelques personnes ou grands groupes. Ce principe influencera l’ensemble de l’économie des énergies fossiles. Cette concentration se retrouve dans le cartel des sept sœurs, ces 7 entreprises pétrolières qui jusqu’à l’arrivée de l’OPEP ont tenu le marché pétrolier mondial. En 1949, Exxon, Chevron, Mobil, Gulf, Texaco, BP et Shell possédaient les 4/5ème des réserves en dehors des USA et de l’URSS et contrôlaient les 9/10ème de la production, les 3/4 des capacités de raffinage, les 2/3 des tankers et à peu près tous les pipelines.

Jusqu’à la révolution industrielle, on peut dire que la consommation mondiale d’énergie était faible, stable et basée sur des sources toutes renouvelables : le bois, le vent et l’eau, notamment via les moulins à vent et leurs homologues à eau.

Le développement massif des modes de productions industrielles, puis les changements de modes de vie et de consommation ont remis en cause cet état de fait. Aujourd’hui, toutes nos actions quotidiennes sont basées sur la grande disponibilité d’une énergie bon marché, pour laquelle nous ne nous posons que trop rarement la question de l’origine.

Comme mentionné précédemment, via l’énergie, nous sommes dans un monde de concentration. Le pétrole est réparti de façon inégale sur la planète, 60% des réserves se trouvent au même endroit, le Moyen-Orient. Le reste, les 40%, sont dans une petite poignée d’autres nations. Le marché du pétrole est entre les mains d’un petit nombre d’acteurs, cela s’explique en partie par l’ampleur des investissements à faire pour le chercher, l’extraire, le transporter, le raffiner, le distribuer… Ce système monopolistique se retrouve pour la production de l’énergie qui se fait avec des centrales thermiques de très forte puissance, des réseaux de distribution en étoile… Le pétrole a marqué le monde de l’énergie et on retrouve ce système oligopolistique pour le gaz, le charbon et le nucléaire.

Le pétrole a marqué notre monde, car c’est une énergie fabuleuse. Elle est liquide : elle se transporte et se stocke facilement. Elle se transforme en énergie mécanique ou électrique. C’est une énergie flexible, et c’est pourquoi nous avons du mal à nous en défaire. C’est aussi une molécule exceptionnelle pour la chimie. Mais elle vient à manquer. Cela n’a plus de sens de brûler cette molécule de qualité pour faire de l’eau chaude sanitaire, alors que cette eau peut être chauffée avec le soleil. Cela n’a plus de sens de brûler cette molécule de qualité pour chauffer une maison individuelle, alors qu’on peut le faire avec de nouvelles technologies liées au bois.

Malgré les problèmes environnementaux liés à la production de l’énergie, l’immense réservoir des économies d’énergie et le potentiel des énergies propres, la demande mondiale en watts continue de croître à un rythme de 2% par an. Aujourd’hui, le principal défi du système énergétique mondial est logistique, il consiste à assurer l’approvisionnement continu du monde entier en pétrole, en gaz et en uranium à partir de seulement quelques lieux et pays d’extraction tout en utilisant d’importants réseaux de transport. Quels sont les écueils qui pourraient nous pousser à remettre en cause notre modèle énergétique centralisé et vulnérable ? Il ne s’agit pas ici d’être alarmiste, mais de comprendre les enjeux avec réalisme. Si nous ne faisons rien pour réduire et repenser nos besoins énergétiques,nous risquons de payer notre paresse au prix fort. Et cela uniquement parce que nous aurons eu la faiblesse de ne pas faire assez tôt certains investissements nécessaires ou eu le courage de faire évoluer nos modes de vie. N’est-ce pas d’autant plus dommage que nombre de solutions sont à portée de main ? ...

Source : Philippe Bovet. "Cartographier le présent"

Quels liens entre santé et environnement ?
La relation entre la santé humaine et l’environnement prend une importance considérable à une époque où les catastrophes et les pandémies annoncées ne cessent de se multiplier. Alors que les maladies infectieuses des siècles derniers avaient été relativement bien contrôlées, ou circonscrites, les mises en garde quant à la prolifération de sources de contamination sont à nouveau soulevées. Le réchauffement de la planète entraîne une délocalisation des vecteurs de transmission, étendant ainsi les sources potentielles de contagion bactérienne ou virale.
Les catastrophes naturelles des dernières décennies occasionnent des migrations importantes de populations humaines qui se retrouvent sans toit et sans possibilité de s’alimenter. L’ Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que jusqu’à 24 % des maladies actuelles dans le monde peuvent être attribuées à la dégradation de l’environnement. Et dans le cas des maladies dont souffrent les enfants de moins de cinq ans, un environnement malsain est considéré comme étant un des principaux facteurs de risque.
La pollution urbaine augmente considérablement la prévalence des troubles respiratoires et des maladies cardio-vasculaires. L’acuité des menaces environnementales à la santé est rendue évidente, d’ailleurs, dans la progression des maladies des habitants des pays riches : le cancer et les maladies respiratoires et cardio-vasculaires ont doublé entre les années 1980 et 1995.
Les pandémies annoncées comme celle qui serait éventuellement associée à la grippe aviaire ou celle qui aurait pu résulter du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), ou encore l’incidence de maladies résultant de l’ingestion d’aliments impropres à la consommation, le poisson contaminé au mercure, le bœuf atteint de la « maladie de la vache folle » (Creutzfeldt Jakob), les métaux lourds dans les aliments pour bébé, sont autant d’exemples des déséquilibres résultants des relations complexes engendrées par les modes de vie et les modes de production visant à répondre aux besoins vitaux des êtres vivants.
D’ailleurs, alors même qu’une proportion de l’humanité souffre de malnutrition, l’obésité et le diabète sont à l’état endémique dans les pays riches. Plusieurs des produits toxiques dans l’eau, l’air, le sol, les habitations et l’alimentation, peuvent induire des changements neuronaux qui limitent les capacités de développement chez l’enfant, comme c’est le cas pour l’exposition au plomb, facteur de risque du saturnisme. Les études courantes démontrent également que de nombreux produits cancérigènes se retrouvent dans les produits cosmétiques et d’hygiène du corps, dont certains sont associés au cancer du sein et de la prostate.
Le chapitre 6 de l’Agenda 21e siècle (A21) qui porte sur la protection et la promotion de la santé confirme le lien étroit entre la santé et l’environnement et la gravité des problèmes d’hygiène de l’environnement engendrés par un développement inadéquat
Des études conduites sur la déformation des parties anatomiques des populations d’amphibiens dans les milieux humides du Vermont appuient l’hypothèse de l’impact des produits chimiques, toxiques sur le développement des espèces. Des études épidémiologiques doivent être entreprises pour démontrer l’effet des produits toxiques sur le développement des fœtus et sur la santé générale des êtres humains.
Cependant, autant de signaux de dérives socio-sanitaires et environnementales ne peuvent manquer d’alerter la communauté scientifique, la classe politique et les collectivités humaines dans leur ensemble. C’est non seulement la qualité de vie des êtres humains qui est en cause, mais aussi la chaîne écologique, elle-même dans sa totalité, constat qui force à réviser la conception anthropocentrique du développement. Une telle vision des choses occulte le fait que la santé humaine est intimement liée à la capacité des écosystèmes de remplir leurs fonctions premières de régulation des processus de vie et de reproduction des espèces sur terre.
 

Pollution fleuve en Chine

Interactions environnement/ santé au niveau mondial

Dans l’édition 2012 de son rapport « Perspectives de l’environnement à l’horizon 2050 – les conséquences de l’inaction », l’OCDE a consacré une partie importante aux répercussions sur la santé de quatre facteurs environnementaux : la pollution de l’air, l’approvisionnement en eau non potable et le défaut d’assainissement, les produits chimiques dangereux et le changement climatique. Il n’élude pas pour autant les risques émergents que représentent les perturbateurs endocriniens, les nanomatériaux manufacturés ou encore la multiplication des champs électromagnétiques.

A l’occasion du Sommet de Johannesbourg en 2002, l’OMS avait indiqué que la mauvaise qualité de l’environnement contribuerait au quart de toutes les maladies évitables dans le monde, la majorité étant liée à la pauvreté. Des choses ont avancé depuis mais on pourrait mieux faire. C’est en tous cas ce que pointe le rapport de l’OCDE sur les perspectives de l’environnement à l’horizon 2050.

Selon cette projection, en 2050, les personnes de plus de 65 ans représenteront plus du quart de la population dans les pays membres (contre 15% aujourd’hui) ; près de 70% de la population mondiale vivra en zone urbaine d’où un accroissement des problèmes liés à la gestion des déchets, à la congestion des transports et à la pollution de l’air ; la consommation énergétique va augmenter de 80%, surtout dans les économies émergentes, avec une part des énergies fossiles toujours aux environs de 85% ; et il va falloir augmenter la superficie des terres agricoles du fait de l’évolution démographique mais aussi de la hausse des niveaux de vie ainsi que les modifications des modes de vie et des habitudes de consommation qui en résultent.

Tout cela, faute de politiques plus efficaces, devrait avoir des conséquences négatives importantes qu’il serait encore possible d’éviter si l’ensemble des dirigeants de la planète adoptait un certain nombre de mesures.

La pollution de l'air (extérieur ou intérieur)

∙ En l’absence de politiques nouvelles, la qualité de l’air en milieu urbain devrait continuer à se dégrader à l’échelle mondiale. D’ici 2050, la pollution de l’air extérieur – surtout par les particules en suspension – devrait même devenir la première cause de décès liés à l’environnement. Ceci s’explique à la fois par l’urbanisation croissante mais aussi par le vieillissement de la population qui devient, de fait, plus vulnérable.

Dans certaines villes, notamment asiatiques, les niveaux de pollution atmosphérique dépassent déjà de loin les normes sanitaires acceptables (niveaux préconisés par l’OMS) à tel point que moins de 2% de la population urbaine de la planète vit dans un environnement où la concentration de particules de type PM10 est acceptable.

Selon l’OMS, les particules fines sont aujourd’hui responsables de 8% des décès par cancer du poumon, de 5% des maladies cardio-pulmonaires et de près de 3% des décès par infection respiratoire dans le monde. Qui plus est, le nombre global de décès prématurés associés à l’exposition aux particules devrait plus que doubler pour atteindre 3,6 millions par an, principalement en Chine et en Inde.

Dans les pays OCDE en revanche, la majeure partie des décès imputables à la pollution de l’air sont surtout liés à l’ozone troposphérique (cf. augmentation des COV et de leurs précurseurs du fait de l’énergie, des transports, des combustions de bois et de charbon mais aussi de l’élevage et du traitement des déchets).

∙ Selon le rapport, les décès imputables à la pollution de l’air intérieur devraient diminuer dans les pays émergents grâce, notamment, à la hausse des revenus et du niveau de vie qui devrait entraîner une utilisation moindre de combustibles polluants tels que bois de chauffage, charbon ou bouse de vache. A contrario, ce type de décès devrait augmenter dans les pays ‘riches’ du fait surtout de l’émanation de substances chimiques des tapis, meubles et produits de nettoyage mais aussi des concentrations de radon ou encore des pesticides.

L'approvisionnement en eau non potable et le défaut d'assainissement

Enjeu important de santé publique, l’accès à une eau potable de qualité reste encore problématique dans de nombreuses régions du monde. Il est estimé que 780 millions de personnes n’auraient pas accès à l’eau potable en 2012 et que 2,5 milliards ne bénéficient pas de services d’assainissement adéquats. Pire, d’ici 2025, près de cinquante pays devraient faire face à d’importantes pénuries d’eau, une situation qui risque d’affecter plus de 2,8 milliards de personnes, soit le tiers de la population mondiale selon les projections démographiques.

La consommation d’eau insalubre entraîne d’importantes infections diarrhéiques, surtout chez les enfants. Selon l’OCDE, la mortalité infantile imputable à ces infections devrait décroître d’ici 2050, sauf peut-être en Afrique subsaharienne où des progrès restent à faire en matière d’assainissement. D’autres maladies hydriques sont cependant susceptibles de prendre de l’ampleur comme le choléra, les hépatites A et E, la fièvre typhoïde, la giardiase et la légionellose, auxquels peuvent s’ajouter des infections de la peau et des yeux ainsi que certaines maladies tropicales négligées.

Selon l’OMS, améliorer substantiellement l’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’hygiène permettrait de prévenir 9,1% du fardeau mondial de morbidité et de mortalité, soit près de 6,3% de l’ensemble des décès.

Les produits chimiques dangereux

Toutes les substances chimiques ne sont pas dangereuses mais certaines d’entre elles peuvent avoir des effets particulièrement graves sur la santé et l’environnement. C’est le cas principalement des substances persistantes, bioaccumulables et toxiques, des polluants organiques persistants, des substances perturbant le système endocrinien et des métaux lourds comme le cadmium ou le mercure.

Des liens sont déjà établis et scientifiquement prouvés entre substances et pathologie (ex. : amiante / cancer ; benzène / leucémie,…). La ‘charge de morbidité’ mondiale (i.e. le nombre d’années de vie en bonne santé perdues) imputable à l’exposition aux produits chimiques dangereux est déjà significative mais elle est probablement plus forte que ne l’indiquent les données disponibles. Cette charge est plus importante dans les pays non membres de l’OCDE dont certains (BRIICS,…) devraient multiplier jusqu’à six leur production de ce type de substances d’ici 2050.

Même si des progrès ont été faits dans la collecte et l’évaluation d’informations sur l’exposition humaine à certains produits chimiques, les connaissances restent lacunaires sur les effets sanitaires de milliers de substances chimiques présentes dans l’environnement, sans oublier la question des mélanges de substances… Le rapport reconnaît que de nombreux pays membres de l’OCDE ont déjà étendu le champ de leur réglementation applicable aux produits chimiques mais il observe que leur mise en œuvre reste souvent incomplète.

Le changement climatique

Alors que sous l’effet du changement climatique, un nombre accru de personnes vivra dans une zone impaludée, la mortalité prématurée mondiale due au paludisme devrait décroître à l’horizon 2050 du fait de la progression de l’urbanisation et de la hausse du revenu par habitant. A l’heure actuelle, en moyenne 400 000 décès prématurés liés au paludisme sont enregistrés tous les ans en Afrique.

Le changement climatique peut avoir d’autres impacts majeurs, que ce soit des maladies ou des traumatismes comme ceux liés aux températures extrêmes/canicules, aux catastrophes naturelles, aux polluants atmosphériques photochimiques, aux autres maladies à vecteurs ou transmises par des rongeurs et aux infections alimentaires ou d’origine hydrique.

Quelles politiques pour modifier ces perspectives ?

Le rapport OCDE retient cinq types de politiques qui, si elles sont appliquées à temps, pourraient encore modifier les tendances :

∙ Rendre la pollution plus coûteuse que les solutions vertes (ex. : écotaxe, système d’échanges de permis,…),
∙ Veiller à ce que les prix reflètent mieux la véritable valeur du patrimoine naturel et des services écosystémiques (ex. : tarification de l’eau, paiement pour service écosystémique, tarifs d’entrée dans les parcs naturels,…),
∙ Supprimer les subventions préjudiciables à l’environnement, notamment celles applicables aux combustibles fossiles,
∙ Concevoir des réglementations et des normes réellement efficaces,
∙ Encourager l’innovation verte.

Santé et développement durable : deux concepts inextricablement liés. Comme l’indiquent les auteurs d’une intéressante étude publiée en septembre 2012 par le BISE (Bulletin d’information en santé et environnement, Québec) intitulée "Quel rôle pour la santé et la biodiversité dans les nouveaux objectifs de développement durable de l'ONU ?", la santé et le développement durable sont des concepts inextricablement liés à travers des schémas multidimensionnels.

En effet, l’amélioration de la santé contribue largement au développement et à la réduction de la pauvreté tandis que, en parallèle, les politiques de développement durable soutiennent des conditions sanitaires favorables. Il est également reconnu qu’un mauvais état de santé constitue un obstacle au développement.

Les auteurs concluent qu’il y a un besoin urgent de traduire les aspirations générales formulées par le Sommet Rio +20 en résultats concrets au regard de la santé et du principe d’équité en santé. Ils recommandent que les pourparlers entrepris dans le cadre des nouveaux objectifs de développement pour la période post-2015 prennent en compte les interrelations entre la santé mondiale, les processus écologiques et les variations environnementales conséquentes (changements climatiques et pertes de biodiversité).

C’est pourquoi, au final, ils argumentent en faveur du maintien de la santé mondiale à titre de priorité des nouveaux objectifs de développement durable.
* Etienne V. Langlois, Kathryn Campbell, Matthew C. Dias. Original publié dans EcoHealth, revue de l’association internationale pour l’écologie et la santé (Springer).

Source : Pollutec  

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