GÉOPOLITIQUE DU CHANGEMENT CLIMATIQUE

 

LE CHANGEMENT CLIMATIQUE : QUEL IMPACT POUR LA GÉOPOLITIQUE ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE ?

"Depuis maintenant plusieurs années, le changement climatique et les problèmes environnementaux  font l'objet d'une attention particulière et suscitent un intérêt croissant auprès des médias et de l'opinion publique. Cet engouement s'est accéléré depuis 2007; année au cours de laquelle fut publié le 4ème rapport du GIEC* et où le Prix Nobel de la Paix fut décerné conjointement à l'ancien vice-président américain, Al Gore, et à l'actuel président du GIEC Rachendra Pachatti. L'obtention du prix Nobel de la Paix pour la lutte contre les changements du climat peut sembler de prime abord plutôt paradoxale mais elle n'est en réalité que l'expression d'une conception élargie et réaliste de la sécurité internationale. Ne tenant nullement compte des frontières, ce phénomène concerne l'ensemble des acteurs internationaux. Or, dans la mesure où ses répercussions interfèrent comme nous allons le voir avec différents facteurs sécuritaires, aussi bien humains, économiques que géostratégiques, il est dès lors compréhensible que la mise en avant de sa prévention soit auréolée d'une distinction aussi honorifique. Bien qu'il s'agissait déjà auparavant d'un sujet de discussions au sein de la classe politique, cette reconnaissance internationale a suscité une réelle prise de conscience et a permis de donner un nouvel élan aux négociations sur les mesures d'endiguement des bouleversements climatiques. Aujourd'hui, aussi bien les instances intergouvernementales que nationales s'accordent sur la véracité de ce changement et sur la réalité de ses conséquences indésirables, corroborant ainsi la thèse de la menace que représente ce phénomène. 

Le dernier rapport du GIEC met entre autres l'accent sur les multiples conséquences du changement climatique dont une partie seulement fait dès aujourd'hui ressentir ses effets de manière accentuée ; à l'avenir, d'autres répercussions encore peu prononcées, gagneront en intensité et viendront s'ajouter aux désagréments actuels qui se seront alors eux aussi exacerbés.

Actuellement, outre une hausse de la température globale, le réchauffement se ressent surtout auprès des populations aux travers d'une augmentation quantitative et qualitative des phénomènes atmosphériques extrêmes, d'un aggravement du stress hydrique dans des régions déjà bien souvent défavorisées, ou au contraire, d'un accroissement des précipitations torrentielles et des inondations dans d'autres, ... Tous ces facteurs sont autant d'éléments déstabilisants aujourd'hui facilement observables dont les effets à courts et à moyens termes pourraient se traduire par un coût humain et matériel important. Les clivages "Nord-Sud" et "pays industrialisés - pays en voie de développement" , se retrouvent ici dans les inégalités dont sont victimes les seconds, moins bien équipés aussi bien structurellement  que financièrement pour faire face aux catastrophes naturelles ainsi que par leurs plus grandes exposition  à ces mêmes phénomènes, capables d'anéantir très rapidement plusieurs années d'aide au développement. Ainsi l'ONU estime -t-elle que tous ses appels d'urgence, à une exception près, lancés en 2007 pour l'octroi d'une aide humanitaire étaient liés au climat **. Ceci illustre bien que les bouleversements climatiques sont dès aujourd'hui devenus un enjeu important en matière de sécurité humaine ; or, cette situation ne pourra à l'avenir que se renforcer à mesure que le réchauffement s'intensifiera.

Mais au-delà des répercussions directement observables du réchauffement climatique et des catastrophes humanitaires qui en découlent, il convient de s'interroger sur les possibles conséquences à plus long terme de ses effets récurrents sur la scène internationale. Certains d'entre - eux pourraient générer de foyers de tension et accentuer les déséquilibres mondiaux et régionaux. Le changement climatique redessinera progressivement l'environnement  physique dans lequel vivra une population mondiale à forte croissance démographique et dans lequel les États poursuivront l'objectif d'assurer leur croissance économique et leur stabilité politique ; ce faisant, il modifiera partiellement l'architecture géopolitique mondiale et par extension, le cadre d'évolution des acteurs internationaux. La politique étrangère des États et leur positionnement sur l'échiquier international a en effet toujours été partiellement corrélé à leur environnement géographique. Avec le réchauffement, cet environnement va être perturbé, et avec lui, la distribution de certains facteurs de puissance étatiques d'origine naturelle tel que l'approvisionnement en eau douce , les capacités de productions agricoles et énergétiques, l'accès à certaines matières premières mais également l'accès aux mers et par extension, les zones économiques exclusives***,...

* Groupe d'experts Intergouvernemental sur l' Évolution du Climat ; en anglais, intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC.

** Collectif, Changement climatique et sécurité internationale : Document établi par le Haut Représentant et la Commission européenne à l'attention du Conseil européen, mars 2008.

*** Source : Le changement climatique : quel impact pour la géopolitique et la sécurité internationale. Vincent Eiffling. Note d'analyse 5. Chaire Inbev Baillet. Latour Programme Union européenne - Chine. Site internet : Chaire InBev Baillet-Latour "Union Européenne - Chine

La question du changement climatique est souvent réduite à sa dimension environnementale, et aux efforts qui doivent être entrepris par chacun pour réduire sa consommation d’énergies fossiles. Mais le changement climatique est aussi un problème politique, depuis que le sujet est apparu à l’agenda des négociations internationales à la fin des années 1980.

Derrière les mesures prises en faveur d’un développement plus durable, les engagements des différents pays à réduire leurs émissions, se cachent surtout des enjeux géopolitiques considérables, qui sont des déterminants clés dans les mécanismes des négociations internationales. Or, tous les pays ne sont pas égaux face à la question du changement climatique : certains contribuent plus que d’autres, ou ont davantage contribué au phénomène ; d’autres subiront plus lourdement les impacts ; certains sont davantage dépendants des énergies fossiles, tandis que d’autres pourraient être affectés par des mouvements de population liés à des dégradations de leur environnement immédiat.

Cet ouvrage se propose de décrire et d'analyser ces questions qui reflètent des déséquilibres profonds entre les pays, qui tiennent à la fois à des questions de développement, de politiques énergétiques, ainsi qu'à des contraintes géographiques et démographiques. Un nouvel accord sur le changement climatique ne pourra être obtenu que si ces déséquilibres sont pris en compte, et si un accord global entre Nord et Sud est trouvé, qui dépasse la seule question des émissions de gaz à effet de serre. Les différents pays aujourd’hui sont inégaux face au changement climatique : inégaux dans les émissions, dans les impacts, et dans la négociation même. L’auteur montre comment le climat est devenu objet de politique internationale, mais aussi terrain d’interactions complexes avec les relations internationales : le réchauffement global influe sur les relations entre les Etats, et celles-ci à leur tour déterminent la coopération internationale sur le sujet. Ces interactions sont façonnées par des enjeux géopolitiques, que cet ouvrage parvient à décrire et analyser, de manière à faire comprendre les ressorts des mécanismes de coopération internationale actuels et à venir.

Une première partie expose les données du problème : d’où proviennent les émissions de gaz à effet de serre, et quels sont les principaux impacts à attendre. Dans cette partie, un premier chapitre propose différentes lectures de la responsabilité des différents pays dans l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Un deuxième chapitre expose les différents impacts attendus du changement climatique et souligne l’injustice fondamentale du réchauffement global : alors que les pays en développement sont les moins responsables du problème, ils seront les premiers et les plus durement touchés par ses conséquences. Un troisième chapitre explore les effets de ces conséquences sur les sociétés humaines, avec dans un premier thème la question des déplacements de population liés aux impacts du changement climatique : où se produiront ces déplacements, quelle sera leur ampleur, et quelle sera l’importance des facteurs environnementaux comme déterminants migratoires. Puis dans un second thème sont abordés les risques de tensions et de conflits générés par les impacts du réchauffement.

La deuxième partie de l’ouvrage examine les mécanismes de coopération internationale qui ont été mis en place pour répondre au problème. Ces mécanismes reposent sur une double nécessité : celle de limiter autant que possible les impacts du changement climatique en réduisant nos émissions de gaz à effet de serre, mais également celle de prendre en compte les impacts qui semblent inévitables aujourd’hui, en prévoyant des mesures qui permettront aux régions touchées de s’adapter à ces impacts. C’est ainsi que sont analysées les politiques d’atténuation et d’adaptation, de même que la négociation, qui les a longtemps occultées : plus les efforts d’atténuation seront importants, moins les efforts d’adaptation seront nécessaires ; et inversement. Ces deux questions sont traitées dans deux chapitres successifs, auxquels succède un chapitre sur les questions de justice et d’équité : dans la répartition des efforts de réduction des émissions, mais également dans le financement de l’adaptation et les transferts financiers et technologiques quoi seront nécessaires pour permettre aux pays du Sud de réduire leurs émissions sans compromettre leur développement. Enfin, un dernier chapitre fait le point sur l’état actuel des négociations : comment celles-ci sont organisées, quelles sont les forces en présence, et les principaux points de tension.

Cet ouvrage, quoique abordant des questions très complexes, parvient à en faire une synthèse très complète et à en exposer les clés et les ressorts tout en restant limpide dans ses explications. Un encart central de cartes couleurs ainsi que des encadrés thématiques complètent le discours grâce à des exemples concrets.

Référence électronique

Caroline Norrant-Romand, « François Gemenne : Géopolitique du changement climatique », Territoire en mouvement [En ligne], 1 | 2008, mis en ligne le 08 juillet 2011, consulté le 26 juillet 2013. URL : http://tem.revues.org/1060. Caroline Norrant-Romand. Université Lille 1.

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